INTRODUCTION

La microfinance est un secteur qui existe depuis plusieurs décennies, avec l'émergence des premières institutions modernes, vouées à cette activité, dans les années 1970. Aujourd'hui, le fonctionnement de ces Institutions de Microfinance (IMF) a du mal à concilier économie solidaire et profitabilité. En outre, leurs champs d'intervention se multiplient en réponse à ne population démunie toujours plus nombreuse et demandeuse. Or les financements privés (dons, prêts entre particuliers, etc.) et/ou publics (subventions d'Etats, des collectivités, des banques commerciales ou centrales, etc.) ne sont pas toujours présents, alors que les services financiers aux plus riches, eux, ne connaissent ni crise, ni scepticisme.

Ainsi, il m'est donc paru intéressant et important de savoir si les IMF devaient continuer à chercher sans cesse de nouveaux financements afin de tirer profit de leurs activités, ou bien, si elles ne devaient pas se contenter d'apporter une aide humaine avant toute chose qui s'accompagnerait d'aides financières limitées aux plus démunis, mais sans but lucratif, la recherche du gain n'appartenant pas à son champs d'intervention.

De nombreux ouvrages, études et publications ont été faites sur ce vaste sujet, impliquant notamment des exemples très concrets sur des projets réalisés dans des pays en développement (les pays du Sud). La microfinance étant initialement ùréservée» à ces pays, les pays plus développés (les pays du Nord) ont finalement copié ces méthodes et se sont réapproprié ces modèles de finance solidaire qui a connu bon nombres de succès. En effet, les sphères économique et financière qui nous asphyxient en permanence creusent, chaque décennie, un peu plus l'écart entre les plus riches et les plus pauvres, laissant divaguer une classe moyenne qui profite ainsi des logiques d'ùéconomie discount» mises en place pour rendre accessible les services et les biens au plus grand nombre.

Ainsi, la microfinance serait-elle une ùfinancediscount», dont les garanties demandées seraient moins exigeantes et les sommes versées moins élevées et moins coûteuses en termes d'intérêts financiers ? Ou bien le terme discount s'appliquerait-il simplement pour désigner un public ùnon bancable», victime de l'exclusion financière qui constitue ùle creux bancaire» au sein des populations les plus défavorisées?

En 2008, la Banque Mondiale annonçait ses prévisions sur la pauvreté à l'horizon 2015: plus de 2 milliards de personnes gagneront moins de 2 dollars par jour, ce qui signifie que 630 millions de personnes en plus seront concernés par rapport à 1990. Cependant, J.-F. Couvrat écrivait, en 2008, que les données sur la pauvreté en Chine, représenterait plus de 3 millions des personnes qui gagneraient moins de 2 dollars par jour d'ici 2015.

De plus, aujourd'hui, que représente le montant de 2 dollars par jour, retenu par la Banque Mondiale en 1990 pour déterminer le seuil de pauvreté, en terme de pouvoir d'achat? Les chiffres paraissent inquiétants et s'avèrent même alarmistes.

Toujours en 2008, l'Organisation Internationale du Travail a montré que les disparités de revenues à l'échelle mondiale étaient considérables et de plus en plus importantes, notamment dans les pays dits du Sud (pays sous-développés ou en développement). Dans ce contexte, la seule solution s'offrant à ces pays est de vivre avec leurs propres ressources naturelles et/ou économiques, si elles existent, et grâce à la main d'œuvre locale.

Ces trente dernières années ont apporté un nouvel outil d'aide financière pour combattre la pauvreté mondiale: le microcrédit. Révélé par Muhammed Yunus, au Bangladesh dans les années 70, il a ensuite été exporté et est désormais accessible aux populations sur les cinq continents. Néanmoins, les résultats les plus marquants en la matière sont ceux observés dans les pays du Sud.

Compte tenue de cette analyse, la question que je souhaiterais développer sur ce thème serait :

Doit-on tirer profit des services de microfinance? Leur rentabilité suffit-elle ou la mximisation du profit est-elle nécessaire à leur développement?

Nous allons donc dans une première partie analyser les caractéristiques de la microfinance, qui est le point de départ de la réponse à la problématique, ensuite, dans une deuxième partie, nous verrons quelles sont les performances et la gestion des risques au sein des institutions de microfinance et, enfin, nous terminerons cette synthèse de littérature en exposant les caractéristiques d'un schéma social plus éthique, qui se rapprocherait d'un business idéal.

Cette étude sera donc au fait de l'actualité et donc de la nécessité des dirigeants d'IMF de reconsidérer l'aspect social avant toute chose. Mais également des banques et des organismes de financements qui prendront en compte l'évolution de la pauvreté dans le monde. Enfin, cette étude constitue une première approche concrète du milieu du financement social et solidaire des personnes non bancables, dans lequel je souhaiterai travailler plus tard.

PARTIE 1: Revue de littérature (théorie)

L'insertion sociale est devenue ces dernières années, un objectif clairement défini par les politiques nationales et des institutions internationales. Généralement, cette phase d'insertion suit une première phase d'exclusion ou de marginalité. Les personnes concernées sont donc désorientées et ont besoin de soutien financier, certes, mais aussi des conseils personnels et/ou professionnels pour bâtir un projet et se réinsérer dans la société. La finance ùinformelle», doit donc apporter une valeur ajoutée, par rapport à la finance ùformelle», qui est la prise en compte de l'humain et elle doit ainsi pouvoir évaluer le potentiel de chaque demandeur à faire bon usage d'une somme d'argent.

En outre, les Nations-Unies ont désigné 2005 comme étant l'Année Internationale du Microcrédit, basant son objectif principal sur un système financier dédié à l'intégration.

I. Penser et repenser la microfinance

Sur ce vaste sujet de finance sociale, éthique, solidaire, un événement marquant de ces dernières années est le Prix Nobel de la Paix décerné à l'économiste bangladais Muhammad Yunus, en 2006. En effet, ce dernier révéla au monde l'existence d'un nouvel outil pour combattre la pauvreté: le microcrédit. Le principe étant l'octroi d'un prêt, d'un montant relativement faible, aux personnes dans le besoin qui souhaiteraient lancer leur propre activité économique. Ce concept s'étendit dans les années 70 avec l'expérience de Muhammad Yunus dans le village de Jobra, puis continua à s'étendre pour la première fois à l'échelle nationale avec la création de la Grameen Banque en 1983, et enfin au niveau international puisque le modèle a été exporté dans plusieurs pays du monde.

Selon Muhammad Yunus, le microcrédit peut être un instrument efficace pour faire reculer la pauvreté dans le monde.

1.1. Une entreprise à l'encontre de la maximisation du profit

1.1.1. De la finance informelle à la microfinance

En parallèle d'un secteur économique dit formel, il existe un secteur informel. Mais celui-ci n'a été reconnu pour la première fois qu'en 1972, lorsque qu'un rapport de travail a été publié sur l'activité économique au Kenya.

A l'origine, le secteur informel de l'économie précité englobait des activités économiques et financières qui n'étaient pas officiellement rapportées et ainsi n'étaient pas non plus recensées. Ce qui caractérisait ce secteur étaient les faibles montants de capital engagé, la main d'œuvre peu qualifiée, l'absence de réglementations, etc. Bien souvent, l'agissement se faisait à l'échelle locale ou régionale et les contraintes d'accès au marché étaient quasiment inexistantes.

Mais des investigations ont été menées, et des travaux de recherche ont permis de constater l'important développement dans ce secteur au sein des pays en voie de développement. On a ainsi qualifié cela de dualisme de l'économie et de la finance, puisque ces deux notions vont naturellement de pair. Alors que l'économie formelle est financée par les banques commerciales ou d'investissement, l'économie informelle est financée directement par les agents, sans intermédiaires institutionnels.

C'est ainsi qu'une quinzaine d'années suivant, une enquête a été menée au Niger par l'USAID et l'Université d'Ohio, en 1986, et a souligné la prépondérance du rôle des gardes-monnaie et des banquiers ambulants. Par ailleurs, un rapport de la Banque Mondiale, en 1989, publie toute une partie sur le système financier informel; et l'OCDE, en 1991, rapporte une série d'études s'interrogeant sur le rôle du système financier informel et les recommandations que l'on peut en faire aux Etats.

Néanmoins, malgré la souplesse, la simplicité et l'omniprésence de ces pratiques informelles, leur usage présente quelques inconvénients et leur commodité présente certaines limites. C'est donc dans ce cadre que la place à la microfinace sera faite, de façon plus formelle, disons plutôt semi-formelle.

Nous pouvons à présent citer quelques difficultés rencontrées par la finance informelle.

Tout d'abord, la première des difficultés est la nature même de ses opérations. Par définition, ce qui est informel n'est pas structuré, ni organisé. Dans ce cadre, il apparaît donc impossible de tout recenser et de tout contrôler.

Ensuite, une deuxième difficulté vient du fait que l'argent circule beaucoup plus qu'il ne s'accumule. En effet, les prêts d'argent se font sur quelques mois, souvent n'excédant pas une année, et il s'avère alors difficile de retracer toutes ces transactions.

Puis une autre difficulté concerne la destination des fonds. L'usage qu'il en est fait, soit pour consommer soit pour investir, n'apporte pas la même pérennité à l'économie locale. Mais la distinction entre bien de consommation et investissement n'est pas toujours évidente. Par exemple, l'achat d'un frigidaire pour mieux nourrir la famille n'est-il pas un investissement, même s'il ne contribue pas à développer une activité économique.

En outre, des pistes de réflexion pour résoudre certains problèmes que je viens de citer ont été développées telle que l'adaptation des banques et plus généralement des institutions formelles, la modernisation de l'économie informelle qui consisterait à progresser vers une traçabilité de son financement, l'établissement de liens entre les secteurs formels et informels pour une meilleure coopération dans l'amélioration de l'offre aux plus pauvres, ou encore, l'institutionnalisation de la finance informelle pour créer et gérer le développement et l'innovation.

Outre les limites liées au caractère informel de la finance, plusieurs raisons ont amené la microfinance à prendre une place plus significative de mieux adaptée aux problématiques de développement et au contexte de mondialisation.

Tout d'abord, ùle recours au financement extérieur» s'est petit à petit généralisé. Il s'est notamment avéré déterminant après le choc pétrolier en 1973. En effet, les pays en développement se sont retrouvés dans l'incapacité de rembourser leurs dettes. C'est alors qu'est intervenu le Fonds Monétaire Internationale, un recours ultime destiné à aider des pays pauvres à faire face à des situations imprévues et auxquelles ils ne peuvent faire face.

Ensuite, ùl'intervention du secteur public», selon le modèle marxiste, s'est heurtée à une opinion qui lui est devenue défavorable. On peut, entre autres, citer coup sur coup la chute du mur de Berlin en 1989 ou encore l'éclatement de l'ex-URSS en 1991.

Puis, ùl'insuffisante mobilisation de l'épargne domestique», et plus précisément son affectation, pose problème car les banques utilisent cette épargne pour les importations ou les constructions, mais ne financent pas assez les entreprises locales, pourtant génératrices de revenus pour les populations locales.

Une autre raison au développement de la microfinance est ùla lutte contre la pauvreté». En effet, un des premiers objectifs de développement formulé par l'ONU est de réduire la pauvreté d'ici à 2015. C'est donc la Communauté internationale toute entière qui se voue à la cause des pauvres.

Enfin, ùla capacité d'innovation de la finance informelle» a permis le développement d'un véritable système de banque pour les pauvres, à l'instar de la Grameen Bank, créée en 1976 au Bangladesh. La notion de crédit prend alors toute son importance et prend la place prépondérante que détenait l'épargne. C'est plus précisément le microcrédit qui est ici évoqué puisqu'il s'agit d'une offre de proximité, adaptée à la demande et aux besoins d'une population locale.

Le microcrédit est sans aucun doute l'outil principal utilisé en microfinance, mais celle-ci englobe bien plus de services, qu'ils soient financiers ou non. Au sein des produits de microfinance, il y a également des possibilités de crédits solidaires ou individuels, d'épargne, d'assurance, de transferts de fonds des migrants, de services sociaux (éducation, santé, nutrition, alphabétisation), ou encore de conseils techniques pour le développement d'entreprise.

ùMalgré leur parenté évidente, la microfinance est très différente de la finance informelle. Non seulement l'importance est accordée au crédit et non plus à l'épargne, mais il ne s'agit plus de pratiques qui mettent en présence des personnes, on se trouve cette fois face à une institution. Ne parle-t-on pas couramment des institutions de microfinance (IMF) ?»[1]

1.1.2. Contexte de naissance d'un business plus éthique, plus solidaire, plus social...[2]

Le capitalisme est assurément prospère. L'activité économique continue de croître, le commerce mondial explose, les entreprises multinationales s'étendent dans le monde en développement comme dans l'ancien bloc soviétique, les avancées technologiques se multiplient. Mais tout le monde n'en profite pas. La répartition du revenu mondial nous le confirme: 94% du revenu mondial revient à 40% de la population, alors que les 60% restants doivent vivre avec seulement 6% du revenu mondial. La moitié de l'humanité vit avec 2 dollars par jour ou moins; près d'un milliard de personnes vivent avec moins de 1 dollar par jour.

De plus, la pauvreté ne se répartit pas uniformément à la surface de la Terre. Les populations sont victimes de catastrophes naturelles, comme le tsunami qui a dévasté des régions de l'océan Indien en 2004, de régimes politiques instables ou encore de crises sociales dues à l'inégalité de la croissance économique. Mais pourquoi dans certaines régions d'un même pays, ou dans certains pays d'un même continent, le fossé entre riches et pauvres est-il toujours plus large? Le problème est réel au sein de grandes puissances comme les Etats-Unis ou la Chine.

En 2000, les leaders mondiaux réunis aux Nations Unis se sont engagés, entre autres objectifs, à réduire la pauvreté de moitié d'ici 2015. Un objectif qui, selon plusieurs observateurs, ne seront pas atteints.

Alors que doit-on faire? Muhammed Yunus compare le commerce mondial à une ùautoroute à cent voies». Ainsi, selon lui, la mondialisation doit ùprofiter à tous». Pour cela il est essentiel d'y instaurer ùun code de la route équitable, des panneaux de signalisation et des agents de la circulation». Sinon, en l'absence de telles règles, le libre marché mondial tombera sous le contrôle de l'impérialisme financier, plaçant la maximisation du profit et l'appât du gain au détriment de la place de l'homme dans la société. Il en est de même pour les marchés nationaux, régionaux et locaux.

En outre, encore faut-il pouvoir s'insérer sur ces ùcent voies» de l'économie mondiale. Ce ne sont pas les entreprises qui vont tendre la main aux plus démunis, au contraire, moins les voies sont encombrées mieux elles évoluent. En revanche, les Etats ont une mission sociale pour le bien-être de la nation. C'est eux qui doivent permettre l'amélioration de l'accès à l'information, de services médicaux, de l'employabilité, etc.; ils peuvent mobiliser d'énormes ressources grâce notamment à l'obtention de prêts à taux préférentiels, à l'argent public prélevé sur les citoyens, et/ou à des subventions internationales. Cependant, l'efficacité et les priorités gouvernementales ne vont pas toujours et même pas souvent en ce sens, à l'instar du système de santé aux Etats-Unis.

Par conséquent, des organisations à but non lucratif (ONG, bénévolat, fondations...) ont pris le relais pour répondre aux attentes et aux besoins d'une catégorie de personnes écrasées ou délaissées par le système économique. Ces organisations mises souvent sur le service de proximité pour mieux s'adapter aux attentes sociales, et ont pour leitmotiv partage, charité et solidarité. Les difficultés observées sont diverses et variées; on y trouve la pauvreté, les maladies endémiques, les sans-abris, la famine, la pollution... Néanmoins le principal problème rencontré par ces organisations est le montant des dons. En effet, dans les pays plus pauvres, ils seront moins nombreux alors que les besoins sociaux seront plus importants. Et les pays riches ont déjà du mal à remédier à ce fléau en leur sein. Pourtant, lors de catastrophes naturelles d'ampleur désastreuse, l'offre de charité dépasse largement la demande. Dans ces cas, ce sont alors les médias qui relaient l'information et qui créent cet effet d'engouement en suscitant le désarroi et la compassion chez les auditeurs. Mais les fonds à lever sont un frein à leur développement, ce qui les empêche d'agir sur tous les fronts de bataille.

Par ailleurs, des institutions multilatérales comme la Banque mondiale ou le FMI. Mais ces institutions cumulent les défaillances économiquesà la fois des gouvernements et des organisations à but non lucratif : elles sont bureaucratiques, conservatrices, lentes et souffrent d'un manque de fonds chronique. En raison de leur état d'esprit, les politiques n'imaginent pas que les pauvres peuvent être source de croissance économique par l'entreprenariat et la création d'emplois. A lieu de cela, leur préoccupation principale est d'aménager un système d'éducation, de santé et d'emplois spécialement pour les pauvres. Cela consiste alors à entretenir ce climat social de pauvreté.

Malheureusement, l'ensemble des dons passe par ces intermédiaires gouvernementaux ou institutionnels, ce qui en limite la transparence et les nombreuses possibilités d'innovation. Une réforme du système paraîtrait donc opportune, voire nécessaire.

Par la suite, les ONG, les activistes sociaux et les politiciens ont fait pression sur les entreprises afin de modifier leurs pratiques en matière d'emploi, d'environnement, de qualité des produits, de tarification, etc. Ainsi s'est progressivement développée la responsabilité sociale des entreprises. On distingue alors celles qui ne veulent pas nuire et celles qui veulent faire du bien, à condition que cela n'impacte pas le profit de l'entreprise. Mais ce concept est limité: les entreprises l'utilisent, à nouveau, dans un but ultime de maximisation du profit, puisqu'en communiquant sur cette image de générosité, elles amadouent le consommateur, souvent trop naïf.

Finalement, le monde d'aujourd'hui est si fasciné par le succès du capitalisme qu'il n'ose pas mettre en doute le système sous-jacent à la théorie économique, qui est la recherche du profit. Néanmoins, la réalité est bien différente de la théorie. En effet, les individus sont, en réalité, des entités multidimensionnelles. Leurs émotions, croyances, priorités, motifs de leur comportement peuvent être dupliqués à l'infini. A l'exemple de Bill Gates, nombres de célèbres capitalistes se sont détournés de la recherche du profit pour se concentrer sur des objectifs supérieurs, orientés vers l'humanité. Le gain n'est donc pas une fin en soi et les multiples facettes de nos personnalités indiquent que toutes les entreprises ne devraient pas se consacrer à la seule maximisation du profit.

C'est donc ainsi que le concept de social business prend toute sa signification.

1.1.3. Le social business, un idéal à porté de main

L'idée d'un social business est de réaliser des objectifs sociaux spécifiques plutôt que de poursuivre des intérêts de gains privés. L'activité économique est ainsi totalement dédiée à la résolution des problèmes sociaux et environnementaux.

Comme toutes les entreprises, un social business emploie des travailleurs, produit des biens et des services, et les propose à ses clients à un prix cohérent avec son objectif. Mais son objectif ultime est de créer des bénéfices sociaux pour ceux qui se trouvent à son contact. L'entreprise elle-même peut retirer des bénéfices, mais les investisseurs qui la soutiennent ne retirent aucun bénéfice de son activité: ils ne font que récupérer leur mise initiale après un certain laps de temps. De ce fait, un social business est une entreprise orientée vers une cause davantage que vers le profit; elle a de la sorte la possibilité d'agir comme un vecteur de changement.

Cependant un social business se distingue d'une organisation charitable. C'est une entreprise au plein sens du terme. Elle doit couvrir l'ensemble de ses coûts, tout en atteignant son objectif social. Ainsi, elle ne compte pas sur les dons caritatifs, les soutiens accordés ou autres subventions. Le social business fonctionne conformément aux principes de gestion classiques.

Les avantages sociaux que procure le social-business peuvent être très diversifiés.

En voici quelques exemples:

  • Fabriquer puis vendre des produits alimentaires pour des enfants pauvres et sous-alimentés. Ces produits sont peu chers puisque les coûts liés au marketing et à la communication sont quasiment nuls car il n'y a pas de concurrence.
  • Concevoir et commercialiser des polices d'assurance maladie rendant ainsi abordables l'accès aux soins médicaux par les plus démunis.
  • Développer des systèmes d'énergie renouvelable, à des prix raisonnables, aux communautés rurales pour réussir à financer leur accès à l'énergie.
  • Recycler les ordures, les eaux usées et autres déchets qui sont susceptibles de polluer les zones dépourvues de ces processus.

Un réel chiffre d'affaire est donc généré, mais il doit toujours être supérieur aux coûts engagés, telle une véritable entreprise, pour que l'appellation de social business soit attribuée. Dans ce schéma de croissance, les bénéfices sont doubles, d'une part pour l'entreprise et d'autre part pour les populations bénéficiant de l'offre.

Toujours sur le modèle d'une entreprise classique, le social-business a un ou plusieurs propriétaires qui peuvent récupérer leurs investissements. Ces investisseurs sont des particuliers, des entreprises, des groupements d'investisseurs, des Etats, des organisations caritatives... De plus, les pertes doivent être limitées, et si le social business réalise un profit, il ne reviendra pas aux investisseurs. Il ne doit donc y avoir ni pertes de réaliser, ni dividendes de distribuer. Les profits sont donc réinvestis dans l'entreprise et ils permettront d'améliorer la situation des bénéficiaires du projet grâce à des prix bas, une meilleure qualité et une meilleure accessibilité. Par ailleurs, les profits apparaissent nécessaires pour deux raisons, d'une part pour rembourser les investisseurs et d'autre part pour investir dans des projets sociaux à plus-long terme et donc à plus-forte valeur ajoutée pour la population. Il est important de prévoir l'avenir de façon pérenne, pour pouvoir innover, s'exporter, s'adapter, s'améliorer, etc. L'objectif de croissance est ici primordial pour étoffer l'offre et servir de la meilleure manière possible les intérêts des individus.

Pourquoi des investisseurs placeraient-ils de l'argent dans un social business?

Tout d'abord parce qu'il est capable de s'autofinancer. Puis parce qu'il est dynamique, pérenne, et que sa croissance lui permet d'étendre son activité. Il en résulte davantage de bénéfices sociaux que pour une simple association caritative. En outre, l'investisseur a le droit de regard sur la gestion et l'administration du social business, il peut ainsi apporter ses compétences professionnelles et sa créativité, puis il peut récupérer sa mise lorsque son contrat arrive à échéance ou le réengager pour une durée déterminée.

Si la concurrence arrivait sur ce marché d'un genre nouveau, alors la maximisation des gains sociaux serait toujours plus forte et les individus défavorisés en seraient les heureux bénéficiaires. Les avantages des marchés concurrentiels seront donc introduits dans le champ du progrès social. En effet, la théorie est la suivante:quand un grand nombre d'individus rivalisent pour développer et approfondir une idée, et quand le flux d'argent vers eux et vers leurs entreprises dépend de l'issue de la compétition, alors le niveau général de leurs performances augmente spectaculairement. Dans le cadre du social business, la compétition sera une question de fierté, et chacun se réjouira de ce que pourra apporter un nouveau concurrent, toujours dans l'objectif du bien-être social.

Un autre type de social business est le schéma classique d'une entreprise qui souhaite maximiser son profit, mais détenue par des pauvres ou des personnes défavorisées. Le bénéfice social issu de ces entreprises viendra alors de leur mode de détention, et non plus des biens et services produits. Néanmoins, les bénéfices financiers produits seront engagés pour aider ceux qui sont dans le besoin.

Bien évidemment, la combinaison des deux modèles précités est l'aboutissement d'un tel concept. C'est le cas de la Grameen Bank, détenue à 94% par les travailleurs pauvres et servant une cause sociale.

1.2. Microcrédit et solidarité, une conciliation nécessaire?

1.2.1. L'évolution du microcrédit: de Grameen I à Grameen II

Le postulat de base était le suivant: d'un côté, les règles de banquier ont toujours été, et le sont encore, arbitraires et contreproductives, et de l'autre, Muhammed Yunus a pu observer, en se portant garant à maintes reprises, que les pauvres remboursaient toujours leurs emprunts et dans les temps.

Ainsi est donc née l'idée de la Grameen Bank, dont la mission serait d'accorder des prêts sans garantie ni historique de crédit et aucun recours juridique. Et pour assurer cela, le personnel (principalement des jeunes étudiants bangladais) de la ùbanque des pauvres» est formé et très impliqué auprès des clients.

Les principes de base concernant les crédits étaient les suivants:

  • Montants des crédits octroyés limités
  • Prêts renouvelés avec des montants croissants

  • Durée des crédits relativement courte
  • Taux d'intérêts assez élevés (supérieurs à 3%) mais bien plus faibles que ceux des banques commerciales traditionnelles
  • Remboursements fréquents et suivis avec rigueur
  • Connaissance de l'emprunteur et de sa moralité
  • Liberté assez large pour l'usage du crédit
  • Services de proximité qui s'adaptent à la demande

L'objectif est donc de rejeter le système d'apartheid créé par nos institutions financières: c'est-à-dire qu'en l'absence de garantie, une personne ne peut pas emprunter donc elle est de fait exclue de la sphère bancaire et du système économique plus généralement. Pour cela, il faut supprimer les barrières, les règles et les lois absurdes qui font des pauvres des gens sans importance. Chaque individu doit être estimé à sa juste valeur. Malheureusement, ce climat d'exclusion existe partout, pays développés ou non.

En outre, la croyance selon laquelle des prêts doivent être accordés sous garantie consiste à interdire à la moitié des êtres humains de participer au système financier.

Expansion de la Grameen Bank aujourd'hui: (chiffres 2009)

  • 2500 succursales uniquement au Bangladesh
  • Prêts octroyés à plus de 7 millions de pauvres, dont 97% de femmes
  • Présence dans 78 000 villages au Bangladesh
  • Taux de remboursementde l'ordre de 98,6%
  • Profits et rentabilités réguliers (exemple: en 2006, le profit était de 20 milliards de dollars et des dividendes ont été versés aux emprunteurs!)
  • Absence de dons depuis 1995
  • Montant des dépôts et autres ressources représente 156% de l'encours crédit
  • 64% de ceux qui ont empruntés pendant au moins cinq ans, ont dépassé le seuil de pauvreté
  • 80% des familles pauvres du Bangladesh ont eu recours au microcrédit

Les économistes s'attachent à vouloir rendre les pauvres employables pour lutter contre la pauvreté. Mais cette seule cette solution envisagée n'est pas en phase avec la réalité, car les pauvres ont plus l'habitude d'un travail indépendant, à travers lequel ils créent des biens et services qu'ils vendent directement à ceux qui en ont besoin. Ils n'ont donc pas d'ùemplois» au sens que retiennent habituellement les économistes. Prêter aux pauvres permet donc de créer ces emplois indépendants et donc de générer des revenus.

Une autre erreur apparaît souvent, c'est l'hypothèse selon laquelle la capacité d'entreprendre est une qualité rare, qui nécessite le talent d'identifier les opportunités d'activité économique et le courage d'y consacrer les ressources dont l'entrepreneur dispose à leur développement.

ùLe microcrédit allume le moteur économique des individus rejetés par la société. Une fois qu'un grand nombre de ces petits moteurs auront été allumés, tout sera prêt pour de grandes choses.»

Les missions de la Grameen banque ont évolué et se sont diversifiées, en voici quelques exemples:

  • Les prêts au logement (1984): leur financement a, dans un premier temps, été rejeté par la Banque centrale puis, après acceptation, ils ont finalement permis la construction de 650000 maisons.
  • La dynamique communautaire[3]: l'emprunteur appartient à un groupe de cinq amis qui donnent leur consentement pour autoriser l'emprunt et ces cercles d'amis se réunissent par dizaine pour échanger sur le ùmonde des affaires», faire face aux difficultés, remettre les sommes à rembourser... Cela crée ainsi une pression sociale qui engage à respecter ses engagements.
  • Les ùSeize Résolutions»[4] (1984): chaque nouveau membre doit les apprendre et s'engager à les suivre.

Après plus de 15 ans d'existence et la grande inondation de 1998 une modernisation du système a été engagée: des produits plus adaptés et plus de flexibilité dans les changements.

Le premier point a été d'augmenter massivement le montant des dépôts sur le livret de la Grameen Bank, pour améliorer la structure du bilan et créer une réserve de fonds en cas de périodes de difficultés économiques. Puis la banque a emprunté auprès des la Banque centrale du Bangladesh, et émis des obligations auprès des banques commerciales. Ainsi le système serait plus solide en cas d'imprévus.

Le second point a été d'offrir une plus grande souplesse de remboursement pour les emprunteurs: ils pouvaient rembourser plus lorsque les affaires étaient bonnes, ou des montants plus faibles lors de périodes creuses.

Ce processus de modernisation fut baptisé Grameen II[5] en 2001 et a été finalement adopté dans tout le pays en août 2002. Parmi les innovations ont y trouve également un plan d'épargne retraite, un programme de prêts flexibles, une assurance pour les prêts, etc.

La Grameen Bank propose des remboursements par intérêts simples, alors que les banques commerciales utilisent la méthode des intérêts composés. Le total des intérêts versés par un emprunteur ne peut jamais excéder le montant de la somme empruntée. 4 taux différents sont proposés selon les programmes offerts: prêts classiques (20%), prêts étudiants (0% puis 5%), aide au logement (8%).

Le modèle de la Grameen Banque s'est notamment exporté grâce à une organisation spécialement dédiée à cela, la Grameen Trust. Désormais, le microcrédit s'est répandu à travers le monde: en Asie, dans les pays d'Afrique, en Amérique Latine, au Proche-Orient, mais aussi dans des pays développés comme les Etats-Unis.

Cependant, l'exportation de ce programme de solidarité, permettant l'accès à l'emprunt aux plus pauvres sans conditions de garantie, a parfois subit des détournements d'objectifs. C'est ainsi que l'on distingue deux types de microcrédit: d'une part les programmes de microcrédit centrés sur la pauvreté, et d'autre part les programmes de microcrédit maximisant le profit (à l'exemple des crédits à la consommation).

1.2.2. Les limites du crédit solidaire enseigné par Grameen

Malgré des taux de remboursement proches de 100% et des groupes de caution qui peuvent jouer un rôle social très positif, le crédit solidaire hérité de la Grameen Bank présente néanmoins quelques risques.

D'une part, le principe de caution solidaire peut être remis en cause si les membres d'un groupe ne le sont que par nécessité et non plus pour garantir le remboursement des prêts. Puisque les membres d'un groupe ne sont pas indéfiniment responsables sur le montant du remboursement, si l'engagement moral n'est que superficiel, alors, à la moindre difficulté, le rôle social de solidarité n'aura plus d'impact au sein du groupe.

D'autre part, en raison des montants limités et des durées courtes et standardisées des crédits, le développement d'une activité s'en trouvera naturellement limité. Cet aspect est donc un frein pour les clients les plus entrepreneuriaux.

Il n'y a donc pas de schéma de schéma type pour le crédit solidaire. Il doit être adapté à son environnement. Au Bangladesh, la densité de sa population et la solidarité des habitants, née à la suite d'une succession de catastrophes naturelles ayant dévasté le pays, a permis à la Grameen Bank de mettre au point au système basé sur cette solidarité. Mais la cohésion et l'entraide n'existent pas partout. Par exemple, le programme AMRET est une adaptation du crédit solidaire, dont la solidarité joue a niveau du village grâce à des leaderships locaux en milieu rural. C'est en fait le niveau de solidarité lui-même qui doit s'adapter à la population.

Par ailleurs, les problèmes de financement du microcrédit sont liés à un manque de fonds lors des premières années de création des institutions de microfinance. En effet, il est dangereux d'accepter des investissements étrangers dans des pays en développement car l'inflation y est souvent élevée, et, de ce fait, le remboursement des prêts internationaux ou le versement de dividendes sera bien supérieur aux prévisions en monnaie locale. Les taux d'intérêt initialement prévus s'en trouvent donc rehaussés.

Enfin, dans chaque pays il y beaucoup d'argent destinés à soutenir la cause des pauvres, mais il est souvent mal utilisé et n'arrive pas souvent à destination des IMF, sous prétexte qu'elles prêtent sans conditions de garantie. Il faudrait donc des fonds indépendants, de taille régionale ou internationale, qui se portent caution des IMF. Le Grameen Trust en est un exemple. Il a permis le développement de programmes de microcrédit dans cent quarante pays d'Asie, d'Afrique, d'Europe et d'Amérique. Ce fonds apporte un soutien global et une assistance technique à la création des IMF.

Même si le succès du microcrédit est reconnu à travers le monde, plusieurs auteurs affirment que le succès n'est que relatif.

L'économiste Gina Neffe a noté, en 2006, qu'après 8 années d'emprunts auprès de la Grameen Bank, seulement 55% des ménages n'étaient pas encore capables de subvenir à leurs besoins nutritionnels, donc beaucoup de femmes utilisent ces prêts pour acheter de la nourriture plutôt que pour développer une activité économique.

D'autres auteurs ont critiqué les principes généraux du microcrédit. Thomas Dichter a notamment conclu que la pauvreté ne pouvait pas utiliser ce type de crédit d'une façon productive. En outre, selon lui, les pauvres ont besoin de plus d'argent avec des conditions de crédit différentes: des taux d'intérêts plus bas et sur du plus long terme. En effet, la Grameen Bank applique des taux d'intérêts assez élevés, pouvant aller jusqu'à 20%. De plus, aucune justification n'est mentionnée, outre le risque de non remboursement. Or, généralement, les IMF ont des taux de remboursements très élevés. Selon Dichter, les personnes les plus pauvres peuvent être productives avec le microcrédit, mais celles qui peuvent l'être encore plus n'ont pas vraiment besoin d'un microcrédit, mais plutôt d'un crédit plus élevé avec des conditions différentes.

Cette théorie est également partagée par Sylvie Brunel qui pense que le microcrédit n'est pas une façon efficace pour vaincre la pauvreté. En effet, avec l'octroie de très petits montants, des courtes périodes de remboursement, le microcrédit redistribue les richesses plutôt que d'en créer, en encourageant ainsi l'émergence de multiples activités de micro-services.

Si un juste emploi du microcrédit est si difficile à discerner et nécessiterait la mise au point d'un processus de régulation, Brunel souligne un point important: en recevant un prêt, le pauvre pourrait devenir un agent économique et serait soumis aux règles du marché.

Cependant, nous vivons dans un monde où la création ou la dépendance à une activité économique est le principal moyen d'avoir un niveau de vie décent, et il est donc inévitable d'être soumis à ces règles de marché. La question est donc de savoir si ces règles nuisent aux emprunteurs plus qu'elles n'élèvent leur niveau de vie?

Alexander Cockburn va plus loin en dénonçant le microcrédit d'être un ùmacro-racket». En effet, aujourd'hui, ce sont la Banque Mondiale et les IMF, en compagnie des banques publiques et commerciales, qui dirigent la microfinance.

Le microcrédit n'est peut-être pas l'arme absolue pour résoudre tous les problèmes liés à la pauvreté, mais il en est la base vitale, sur laquelle d'autres programmes peuvent s'appuyer afin d'obtenir de meilleurs résultats. Plus l'offre de microcrédit sera ciblée et en adéquation avec les attentes de la population qu'il touche, meilleurs seront les résultats et la prise en compte de l'approche multidimensionnelle spécifique aux individus.

1.2.3. Du microcrédit au social business: les enjeux de la diversification

Dans un premier temps, les IMF se sont essentiellement développées grâce au crédit solidaire. Puis arrivant à maturité, elles se sont essayées à la diversification des produits pouvant alors assurer leur gestion et faire face à la concurrence en fidélisant ainsi les clients.

Le rôle d'un banquier auprès des plus pauvres est majeur. En effet, ce dernier doit tout d'abord comprendre la pauvreté avant de proposer des solutions adaptées à ses clients. Ensuite il peut offrir des microcrédits à des montants différents sur des périodes plus ou moins longues, faisant ainsi varier les taux d'intérêts. Mais il peut aussi étoffer son panel d'offres pour mieux répondre aux besoins de la population pauvre.

En outre, le banquier doit encourager l'entreprenariat en finançant de nouveaux projets, ces fameux social business, et ainsi promouvoir la diversité des activités. Par exemple, la Grameen Bank a financé Grammen Phone, Grameen Telecom ou encore Grameen Communication dans l'objectif d'améliorer le niveau de vie des bengalais. Grameen a finalement créée un réseau de 25 sociétés[6] selon le schéma du business social, dont voici quelques autres exemples:

  • Grameen Trust, créée en 1989 : elle diffuse le microcrédit partout dans le monde et assure la formation, l'assistance technique et le soutien financier aux IMF
  • Grameen Uddog (1994) et Grameen Shamogree (1996): exportations et ventes de produits tissés afin de revitaliser l'artisanat séculaire
  • Grameen Fund (1994) et Grameen Byabosa Bikash (2001): sociétés de capital-risque et de garanties de prêts permettant de promouvoir l'investissement
  • Grameen Fisheries (pisciculture) et Livestock (élevage)
  • Grameen Shikkha (1997): création de nouvelles opportunités en accordant des bourses ou d'autres aides pour les étudiants issus de familles pauvres

Par ailleurs, outre l'objet social de ces entreprises dont l'objectif est de permettre le développement d'une vie meilleure, avec plus de commodités et plus de facilités, la diversification se joue au niveau des services de microfinance financiers et non financiers.

Voici quelques exemples de produits illustrant cet enjeu social.

La micro-assurance permet de couvrir les risques qui pèsent sur les populations pauvres et face auxquels ils sont d'autant plus vulnérables que leur population est pauvre. Du point de vue de l'IMF la satisfaction client est attendue d'une part, et, d'autre part, cette assurance permettra de réduire leur vulnérabilité et donc le risque d'impayés.

Exemple: les produits d'assurance-vie proposés par CARD aux Philippines[7]. L'IMF a développé tout une gamme de produits autour de l'assurance-vie, tels que ùLoan Redemption Fund» (fonds de remboursement), ùLife Insurance» (en cas de décès ou d'incapacité physique), ou encore ùProvident Fund» (assurance-vie basée sur l'épargne).

Le crédit habitat facilite l'accès à la propriété pour les plus démunis. Mais les difficultés sont réelles puisque ces crédits sont sur de longues durées (plusieurs années) et donc nécessite pour l'IMF de disposer de capitaux de long terme. En outre ce genre de crédits augmente le risque de non remboursement et ne comprend pas de garantie (méthode du crédit solidaire inapplicable aux longues durées et titres de propriété souvent inexistants). Les taux d'intérêt sont plus bas donc la rentabilité à court terme est moins importante pour l'IMF.

Exemple: Le crédit habitat proposé par Banco Procredit Salvador[8]. Ce type de prêts représente plus de 16% de l'encourt crédit de la banque. Le montant maximal est 5000 dollars pour une durée allant jusqu'à 5 ans de remboursement (moyenne de 3 ans). Le crédit habitat est octroyé après étude des revenus (l'échéance mensuelle doit être inférieure à 25% du revenu de la famille) et de la moralité de la famille.

Egalement, s'ajoute à cela des services de transferts de fonds pour les migrants, ou encore des services financiers à distance. Néanmoins, ils sont chers (13% du montant transféré, en moyenne) et peu pratiques. Ils sont réalisés soit par des acteurs spécialisés (Western Union ou MoneyGram), par des banques locales (solution plus économique mais délais plus longs), par des modes de transferts informels s'appuyant en outre sur des réseaux de solidarité entre les villes et les villages (risques de fraude car transport des sommes en liquide), ou encore par des IMF. Ces dernières constituent alors un accès de proximité et dégage une source de revenus sans risque permettant de fidéliser ou de gagner de nouveaux clients. Mais la réglementation bancaire ne les autorise pas toujours à le faire.

Les services financiers à distance se sont par ailleurs bien développés grâce aux nouvelles technologies, et dans certaines régions grâce à la solidarité qui a permis les partenariats entre commerçants, servant alors d'intermédiaire, et IMF. Les risques principaux liés à ces services sont la fraude, la sécurisation des flux d'information, la solvabilité du client, etc.

Exemple: Safaricom, leader de la téléphonie mobile au Kenya[9], propose l'ouverture d'un compte électronique (système M-PESA) permettant d'effectuer des dépôts et des retraits chez un commerçant partenaire de la Commercial Bank of Africa ou de Faulu (IMF locale). Le système Smartmoney de carte prépayée est une autre initiative qui permet de payer et de retirer de l'argent chez le commerçant en rechargeant la carte.

D'autres produits, encore moins répandus, sont amenés à être développés comme le crédit-bail, des produits d'épargne novateurs ou encore le crédit-stockage. Cela traduit une grande capacité d'innovation de la part des IMF.

En ce qui concerne les produits non financiers, ils ne sont pas très bien définis car ils englobent toute une série de services visant notamment à lutter davantage contre la pauvreté, à fidéliser encore et toujours les clients, à réduire le risque de non remboursement des microcrédits en les aidant dans leur gestion en ùamont»... Les programmes[10] varient selon le pays, la formation du personnel de l'IMF, les partenariats mis en place, les objectifs de l'IMF.

Enfin, la diversification des services proposés peut être limitée par un cadre réglementaire, propre à chaque pays, qui interdit la vente de tel ou tel service, financier ou non, par une IMF. De même, les produits de micro-assurance sont souvent distribués par des compagnies d'assurance bien spécifiques car les capacités financières des IMF ne sont pas toujours assez importantes pour couvrir des risques majeurs.

II. Performances et gestion des risquesdes IMF

Les IMF sont de véritables entreprises au service de la cause sociale, qui délivrent l'ensemble des services de la microfinance. Mais comment se financent-elles, puisque la multitude de crédits qu'elles octroient n'ont souvent aucune garantie? De ce fait, quelle est le bon équilibre de gouvernance entre minimisation des risques et maximisation des résultats financiers et sociaux?

La pérennité des organisations sociales est souvent mise à mal dès lors qu'un imprévu de grande ampleur surgit, mais pourtant les IMF sont être bien implantées depuis plusieurs décennies, alors nous verrons dans cette partie quel est leur mode de fonctionnement et comment mesure-t-on leurs performances sociales.

2.1. Business model

Une institution de microfinance est une organisation comparable à celle d'une PME. Seul diffère le caractère dual de ses objectifs qui sont à la fois financiers (être rentable afin d'assurer la continuité des activités) et sociaux (contribuer au développement et à la lutte contre la pauvreté).

Ces deux objectifs peuvent être représentés par deux pôleset au milieu, une variété d'IMF est positionnée selon la priorité qu'elles donnent à un objectif plutôt qu'un autre.

Les composantes de la pérennité d'une IMF sont d'une part la viabilité de la structure organisationnelle par la maîtrise des opérations et la structuration de l'entreprise, d'autre part la viabilité institutionnelle par la gouvernance, son statut juridique et sa intégration sociale, et enfin, la viabilité financière qui se traduit par un équilibre financier et le financement de la croissance.

2.1.1. Viabilité organisationnelle

La viabilité organisationnelle consiste en la maîtrise des opérations sur le terrain, c'est-à-dire la gestion des opérations courantes telles que le processus d'octroi de prêts, le suivi des remboursements, la maîtrise des opérations liées à l'épargne et l'adaptation aux nouvelles technologies.

En effet, l'analyse des demandes de prêts est un chaînon essentiel de l'activité de l'IMF. Elle doit notamment se renseigner sur le profil de l'emprunteur (par exemple, celui de mauvais payeur), et bien discerner ses motivations, son niveau de compétence, le niveau de sa pauvreté, son environnement familial, sa capacité à rembourser... L'IMF doit également analyser le projet en déterminant le degré de faisabilité si le microcrédit est accordé pour la création d'une activité économique. La faisabilité du projet dépendra alors de la concurrence, de la rentabilité espérée...

L'ensemble de ce processus doit être rapide (sous une quinzaine de jours), efficace, rigoureux.

Par ailleurs, le suivi des remboursements doit se faire selon un échéancier bien précis, qui varie selon les IMF. Il est important que ce suivi soit strict et régulier afin de mobiliser l'emprunteur. Cependant, si ce dernier s'avère être un mauvais payeur, il existe toute une série de méthodes de collecte[11] pour inciter au recouvrement de la créance. En dernier recours, l'IMF procèdera à un rééchelonnement de la dette. Même si certaines méthodes peuvent être jugées comme contraire à l'objectif ùhumaniste», il est nécessaire d'assurer la pérennité de l'IMF et de rester dans une dynamique positive pour ne pas pénaliser les ùbons» payeurs.

Néanmoins, les taux de remboursement des IMF, d'une façon générale, est proche de 100%.

Pareillement, les opérations de retrait et de dépôt d'épargne doivent être accessibles et sécurisé. En effet, ce service de proximité peut être facilement accessible en milieu urbain grâce à un réseau d'agences, alors qu'en milieu rural, l'IMF doit organiser des collectes, tout en veillant à ne pas trop augmenter ses coûts de fonctionnement. De plus, la sécurité des dépôts doit être assurée par l'IMF et cela doit se savoir. Les livrets d'épargne doivent être régulièrement confrontés avec les documents de suivi de l'IMF pour détecter tout signe précurseur de fraude ou de négligence.

Enfin, les IMF ont tout intérêt à maîtriser les nouvelles technologies[12] par le biais de systèmes d'information qui pourrait réduire significativement leurs coûts de fonctionnement (en temps et en argent). Néanmoins, leur apparition est récente et se présente sous différentes formes:

  • Ordinateurs de poche sur lesquels les agents bancaires peuvent saisir les transactions sur le terrain;
  • Remboursement des clients via des commerçants partenaires de l'IMF;
  • Décaissement et remboursement des prêts par téléphone mobile.

Des habitants pauvres en zones rurales ou isolées pourraient ainsi profiter du service des IMF.

S'ajoute également à la viabilité organisationnelle des IMF toutes les procédures de contrôles internes que nous verrons au paragraphe 2.2.1. sur la Gestion des risques.

2.1.2. Viabilité institutionnelle

La viabilité institutionnelle se définie comme la mise en place d'une gouvernance claire permettant de définir la stratégie et de contrôler son application, en particulier grâce à l'adoption d'un statut juridique adéquat.

En premier lieu, l'IMF doit définir sa mission (clients, services) et assurer sa pérennité par l'équilibre financier. Ensuite les choix stratégiques seront influencés par les différentes parties prenantes: administrateurs, salariés, dirigeants, assistants techniques... En effet, le pouvoir de décision sera établi selon l'implication et la personnalité de chacun, mais aussi selon l'histoire et la culture de l'organisation mise en place au sein de l'IMF.

Néanmoins, ce pouvoir de décision sera également encadré par le statut juridique de l'IMF qui orientera les règles de fonctionnement internes (pouvoirs et prises de décision) et externes (activités autorisées, autorités de tutelle, obligations de publicité, droit applicable). Mais le cadre légal n'est pas présent dans beaucoup de pays en développement, même s'il tend à évoluer.

Les statuts juridiques les plus courants des IMF sont[13]:

L'association à but non lucratif: c'est une forme cohérente avec la démarche de microfinance qui est une activité commerciale au service d'un objectif social. Les financements sont les dons, les subventions et les bénéfices réalisés.

Les principaux avantages sont la souplesse sur la tenue des états financiers, la garantie de la mission sociale (et donc l'obtention de subventions) et les avantages fiscaux.

Les limites de la forme associative se trouvent au niveau de l'application d'une forte discipline vis-à-vis des retards et des fraudes, aussi la collecte de l'épargne n'est pas souvent autorisée, l'association ne peut pas faire appel à des investisseurs et ainsi les partenariats avec des banques commerciales sont difficiles à trouver à cause de l'absence de capital.

La société privée: le but est de dégager des bénéfices et la forme de société la plus courante est la Société Anonyme.

Les principaux avantages sont la clarté du schéma de gouvernance, la possibilité d'attirer les investissements d'actionnaires venant ainsi renforcer les fonds propres et d'obtenir des financements des banques locales.

Les limites de la SA se trouvent dans les obligations légales (formalités), dans le risque d'oublier la mission sociale en recherchant avant tout la maximisation du profit

La mutuelle ou coopérative: c'est un groupement de personnes fortement impliquées (principes d'union, de solidarité, d'entraide mutuelle), sans but lucratif, ayant pour objet principal de collecter l'épargne et d'octroyer des crédits. On distingue les caisses mutuelles, au niveau des quartiers et des villages, des caisses régionales et nationales (servant notamment aux besoins de financement des caisses précitées).

Les principaux avantages sont le vecteur de développement pour ses membres, la collecte de l'épargne et les avantages fiscaux.

Les limites du système mutualiste se trouvent au niveau du fonctionnement de la gouvernance (faible capacité des membres à contrôler le système et le management), du risque de conflits en interne ou avec les autres caisses, et les faibles financements externes à la mutuelle.

Le ca particulier du statut des banques de microfinance leur permet d'effectuer la plupart des opérations d'une banque classique (excepté les opérations de change, par exemple). Elles ont alors certaines obligations à respecter comme le montant minimal de capital, le pourcentage maximal d'actions détenues par un actionnaire, le respect de seuils minimaux de ratios (solvabilité, liquidité), les niveaux de compétences managériales, le reporting fréquent (résultats, ratios) ou encore les conditions de sécurité bancaire (coffre, agent de sécurité).

Par ailleurs, toute IMF à la possibilité de passer d'un statut à un autre, sous réserve qu'elle respecte les conditions liées au nouveau statut juridique. Un exemple de réussite est celui de la transformation d'Uganda Women's Finance Trust[14], une association ougandaise devenue une banque de microfinance suite à la création d'une loi par le parlement ougandais. Pour ce changement, il a fallu recruter une nouvelle équipe de direction (plus expérimentée), investir dans des équipements bancaires (systèmes d'information, équipement des agences), créer une nouvelle entité (Uganda Finance Trust) et attirer des investissements extérieurs (spécialisés en microfinance).

2.1.3. Viabilité financière

Conformément à une entreprise classique, le bilan comptable d'une IMF[15] est une photographie de ses états actif et passif, et in fine, la somme des biens est égale à la somme des financements.

A l'actif, on trouve les immobilisations (locaux, ordinateurs...), les biens mobiliers (argent disponibles...) et les créances (encours de microcrédits). Ce dernier poste d'actif est généralement le plus important.

Au passif, on trouve les fonds propres (capital, subventions, bénéfices ou pertes accumulés) et l'endettement (vis-à-vis des banques ou des fonds de financement spécialisés, l'épargne des clients).

Selon le statut de l'entreprise, la composition du passif diffère:

  • L'association: la collecte de l'épargne est interdite donc le passif se compose principalement des subventions et des emprunts bancaires (niveau d'endettement assez faible compte tenu de la précarité du statut).
  • La mutuelle: leur passif se compose de l'épargne (poste principal), des subventions et de l'endettement.
  • Les sociétés à capitaux privés: leur passif se compose du capital apporté par les investissements externes, du réinvestissement des bénéfices éventuels, de l'endettement et de l'épargne collectée.

Par ailleurs, chaque IMF doit présenter un compte de résultat2, plus ou moins simplifié, présentant ses revenus et les coûts qu'elle supporte (charges).

Les principales charges supportées par les IMF sont les charges opérationnelles (charges salariales, loyers, frais de transport, formation des équipes), les pertes liées au non remboursement des prêts (provisions sur créances à risque, pertes sur créances irrécouvrables) et les frais financiers (intérêts d'emprunts).

Les principaux revenus réalisés par l'IMF sont les intérêts reçus sur les microcrédits octroyés, les commissions (frais de dossier, transferts de fonds), les subventions reçues.

En outre, pour rémunérer ses emprunts, l'IMF réalise un taux de marge qui corresponde à la différence entre le taux d'intérêts effectif qu'elle facture aux clients et le taux qu'elle paye à ses prêteurs. Ce taux de marge est le produit net bancaire, correspondant ainsi au résultat d'exploitation de l'IMF.

En parallèle, une autre méthode utile à l'évaluation de la performance financière d'une IMF consiste à rapporter les différents éléments du compte de résultat à la valeur du portefeuille: quels résultats pour chaque tranche de 100 euros prêtés?

Ainsi, plusieurs ratios sont calculés:

  • Rendement portefeuille = Revenus d'intérêts+CommissionsPortefeuille moyen (ce que le prêt rapporte)
  • Ratio de charges opérationnelles = Dépenses opérationnellesPortefeuille moyen (ce que le prêt coûte)
  • Coût du risque= ProvisionsPortefeuille moyen (ce que représentent les pertes de mauvais payeurs)
  • Rentabilité opérationnelle du portefeuille = Résultat opérationnelPortefeuille moyen (ce que le prêt rapporte avant les frais financiers)
  • Coût du financement = Frais financiersPortefeuille moyen (ce que coûte l'emprunt)
  • Rentabilité nette du portefeuille = Résultat netPortefeuille moyen (résultat final après subventions et impôts)

D'autres ratios financiers permettent de mesurer le volume de l'activité et du portefeuille (valeur du portefeuille, nombre d'emprunteurs), la qualité du portefeuille (ratio PAR 30 jours[16]), la productivité (nombre d'emprunteurs par agent de crédit, valeur du portefeuille par agent de crédit) ou encore la capacité d'autosuffisance opérationnelle (capacité à couvrir les charges d'exploitation, les provisions pour créances douteuses, les charges financières).

La politique financière résultant de ces analyses repose dès lors sur trois aspects:

  • Fixer les taux d'intérêt (suffisamment élevé pour couvrir les charges);
  • Obtenir les financements nécessaires à sa croissance (subventions, investissements en capital, emprunts, collecte de l'épargne);
  • Anticiper et planifier la croissance (prévoir les besoins de financement et un équilibre budgétaire pour assurer la pérennité de l'IMF).

En outre, cette politique financière doit également être en phase avec son environnement qui permettra alors de fixer une stratégie globale cohérente en fonction de la population cible, de la concurrence et des objectifs sociaux visés par l'IMF.

2.2. La démarche d'audit au sein des IMF

2.2.1. La gestion des risques

Les IMF sont, comme l'ensemble des systèmes financiers, confrontées à des risques puisqu'elles manipulent de l'argent. Même si les quantités d'argent déplacées ne sont pas toujours très importantes, il faut toutefois pouvoir prévenir, détecter ou, à défaut, corriger les risques opérationnels.

En effet, pour soutenir les plus démunis, une IMF se doit d'être pérenne et rentable pour assurer l'argent qui lui est confié et pour garantir des services à des prix raisonnables. Même si tous les risques ne peuvent pas être écartés, il faut avoir une approche systématique pour les identifier ou les classer par ordre de priorité.

Ce processus est répétitif car les niveaux de risque changent constamment et les points de contrôle doivent être récurrents dès lors qu'un changement est observé en amont de chaque action.

Les risques liés aux IMF peuvent être organisés selon quatre catégories principales[17]:

  • Les ùrisques institutionnels», à l'exemple d'un changement du marché cible, ou d'une dépendance vis-à-vis d'un bailleur;
  • Les ùrisques opérationnels»sont ceux liés à la gestion des opérations courantes;
  • Les ùrisques liés à la gestion financière», à l'exemple de la liquidité, de la gestion de bilan ou encore de l'intégrité du système;
  • Les ùrisques externes» sont indépendants de l'entreprise; ils peuvent être en lien avec la réglementation, la concurrence, la démographie, la macroéconomie...

Le risque opérationnel lié à la fraude est très présent puisque les IMF sont souvent gérées par des dirigeants plutôt formés en sciences sociales qu'en gestion des affaires. De plus, ils doivent gérés une grosse quantité de petits paiements donc leur traçabilité doit être sans faille. Par ailleurs, les coûts opérationnels sont minimisés par soucis de rentabilité, et cela se fait souvent au détriment du contrôle des systèmes et procédures internes. A cela s'ajoute également la dispersion géographique des IMF qui peuvent avoir des filiales ou des succursales dans plusieurs régions, pays ou continents.

2.2.2. Les procédures de contrôle

Le contrôle interne s'opère sur les procédures et les ressources au sein de l'IMF qu'utilisent chaque dirigeant pour contrôler le bon fonctionnement de l'activité. Grâce à cela, l'ensemble des parties prenantes (direction, personnes, investisseurs...) auront de plus grandes chances d'atteindre leurs objectifs. En effet, lors du contrôle, les anomalies ou autres dispositifs anormaux qui pourraient apparaître, seront automatiquement détectés puis corrigés et ils pourront être plus facilement reconnaissables s'ils venaient à ressurgir.

Le contrôle le plus important concerne donc celui de la gestion des ressources humaines: ùLe personnel est le facteur clé pour la réussite et chaque personne doit comprendre la vision et la mission de l'institution, et doit adhérer à ses valeurs énoncées pour que le processus de gestion des risques réussisse.»

L'institution doit instaurer une politique de communication claire qui rappelle les objectifs de sa mission sociale et l'importance de chacun pour mettre en œuvre sa stratégie. Ainsi, les employés doivent pouvoir s'identifier à l'IMF et adhérer à ses valeurs. Comme toute bonne politique de ressources humaines, l' IMF doit mettre en place des procédures d'embauche en phase avec son activité, former ses employés à l'accompagnement social, rémunérer à un niveau raisonnable tout en restant compétitif vis-à-vis des autres institutions, et licencier en cas de faute grave ou de malhonnêteté.

Par ailleurs, les contrôles internes s'opèrent également aux niveaux des opérations financières (montants des crédits, rémunération de l'épargne, gestion du portefeuille clients et estimation de la demande prévisionnelle), de la gestion de l'approvisionnement (le montant des achats, la paie des salariés et les enregistrements des immobilisations) et de la trésorerie (entrées et sorties d'espèces, débits et crédits sur les comptes bancaires, intérêt des investissements et perception des subventions).

Enfin, comme dans toute entreprise, les IMF doivent faire l'objet de contrôles d'audit pour rendre compte d'une image fidèle de ses comptes. Le rapport d'audit notifiera la détection éventuelle de risques ou de faiblesses de l'IMF tout en mentionnant quelles pourraient être les améliorations ou solutions à apporter.

Tableau n°1: Missions d'audit les plus courantes pour une IMF

2.3. Performances sociales des IMF

La performance sociale des IMF se définie comme ù la traduction effective dans la pratique de la mission sociale d'une institution de microfinance en lien avec des valeurs sociales communément acceptées qui fixent de servir un nombre croissant de personnes pauvres et exclues, d'améliorer la qualité et l'adaptation des services financiers, de créer des bénéfices pour les clients et d'améliorer la responsabilité sociale d'une IMF »[18].

2.3.1. Qu'est-ce que la performance sociale?

Les IMF sont assorties d'un double objectiffinancier et social. Mais, alors que la performance financière a toujours été considérée comme un élément de valorisation d'une IMF, l'aspect de performance sociale a longtemps été délaissé. Cela ne fait que quelques années qu'il a été pris en compte dans l'évaluation globale des IMF.

En outre, la notion de performance sociale va plus loin que celle de responsabilité sociale puisque l'on mesure l'impact réel d'une action sur les clients en terme de bénéfices économiques et sociaux. La responsabilité sociale est seulement une garantie envers les différentes parties prenantes, que l'on ne nuit pas à son environnement social et/ou économique.

La performance sociale a donc pour objectif de rassurer les investisseurs et de se distinguer de la concurrence. En effet, la concurrence est rude dans certaines régions du monde et, à rendement égal, les investisseurs prêteront ainsi plus d'attention aux résultats liés à la performance sociale, ce qui signifiera alors que l'IMF a pris connaissance des attentes et des revendications de ses clients et qu'elle aura su mettre en œuvre les changements adéquats pour maximiser leur satisfaction.

Les niveaux d'évaluation sont représentés par ce cadre de référence (schéma n°2) commun entre les différentes initiatives qui travaillent sur le thème des performances sociales.

2.3.2. L'impact social et économique sur les clients

L'impact sur la situation économique et sociale des clientsse fait d'une part sur le revenu et la capacité à épargner, et d'autre part sur la scolarisation des enfants, l'accès aux soins ou l'amélioration de l'habitat.

En outre des études ont été menées au Bengladesh étant donné l'importance de la microfinance dans ce pays, qui a inspiré nombres d'IMF du monde entier.

Une de ces études[19] (entre 1991 et 1998) a révélé une réduction du taux de pauvreté (2% parmi les clients des IMF) auprès de 1640 ménages établis dans 29 villages. De même le taux de pauvreté de l'ensemble d'un village a baissé en moyenne de 1% par an grâce à la microfinance.

Au-delà des bénéfices économiques et sociaux mesurables, la microfinance impact directement sur le fait qu'un individu puisse se prendre charge et s'affranchir d'une pleine autonomie. C'est notamment le cas pour les femmespuisque certaines IMF choisissent parfois de ne prêter qu'aux femmes afin qu'elles développent des commerces ou activités de proximité sans pour autant délaisser leur famille. Cela contribuera ainsi à l'amélioration de son statut au sein de la famille.

Néanmoins, le ciblage exclusif des femmes et la création de groupes solidaires exclusivement féminins peut générer des tensions entre les hommes et les femmes. Par exemple, l'homme peut contraindre la femme de lui donner l'agent emprunté. De ce fait, celle-ci ne pourra ni avoir l'autonomie d'utilisation de son crédit, ni ne pourra rembourser son crédit. Elle se trouvera alors exclue de son groupe de solidarité et exclue des services de l'IMF. Les séquences peuvent donc s'avérer perverses.

Par ailleurs, un autre impact social concerne la création d'emploi directement au sein des IMF. Même si cela n'est pas l'objectif premier de ces institutions, le phénomène n'est pas négligeable quand il se chiffre en dizaine voire en centaines d'emplois à l'échelle d'une région. De cette façon, les salariés pourront même bénéficier d'une formation professionnelle et d'un salaire fixe.

Enfin, si les IMF ont prouvé qu'elles avaient quelques résultats significatifs sur les personnes, quel impact ont-elles de façon plus générale sur une filière économique ou au niveau de tout un pays? Peut d'études ont été menées sur ce sujet. Néanmoins, d'un point de vue macroéconomique, la microfinance a permis d'accroître la bancarisation. En outre, dans des zones où, 80% à 90% des ménages sont non bancables, le taux de pénétration des IMF peut atteindre jusqu'à 5 ou 10 fois celui des banques commerciales classiques[20]. Cependant, il reste inférieur à 20% de la population active, puisque les IMF ne sont pas toujours présentes sur l'ensemble du territoire. Les IMF représentent jusqu' 5% de la collecte d'épargne et 10% du crédit dans l'économie de certains pays. Mais ces proportions augmentent significativement dans certaines zones rurales.

La microfinance contribue, certes, modestement mais son financement pour l'économie n'en est pas moins significatif et cette tendance sera amenée à évoluer favorablement.

2.3.3. Les outils pour mesurer la performance sociale

Tout d'abord, des outils ont été développés pour apporter des éléments de réponse sur le niveau de pauvreté. En termes monétaires, on parle alors de seuil de pauvreté. L'IMF peut, en effet, aisément évaluer le pourcentage de ses clients dont les revenus seraient inférieurs au seuil de pauvreté. Mais, en réalité, le niveau de pauvreté est un phénomène multidimensionnel bien plus complexe. En effet, ce seuil de pauvreté doit prendre en compte non seulement les revenus monétaires, mais aussi les aspects non financiers qui se rapportent à l'éducation, à l'accès aux soins médicaux, à la liberté de participation sociale et politique...

En conséquence, la mesure d'un seuil de pauvreté doit se faire à un niveau local, voire régional. On peut alors se poser la question de la valeur du seuil de pauvreté mondial qui correspond à un revenu de l'ordre de 2 dollars par jour.

De plus, un outil d'évaluation de la pauvreté, sous forme d'un questionnaire[21], a été établi par la coopération de CGAP (Consultative Group to Assist the Poor) et de l'IFPRI (International Food Policy Research Institute). Le questionnaire de cinq pages a été élaboré pour déterminer quel était le niveau de vie des ménages ayant accès aux services de l'institution pour la première fois. Les informations demandées portent notamment sur la composition de la famille, son habitation, son alimentation, les biens qu'elle possède... Une note est alors affectée à chaque ménage, une note basse signifiant que la famille est pauvre. On peut ensuite comparer les notes des familles qui ont accès à la microfinance avec celle qui ne l'ont pas.

Malheureusement, cette notation n'a pas un caractère systématique puisqu'elle ne prend pas en compte les phénomènes extérieurs qui auraient pu permettre l'enrichissement, ou au contraire l'appauvrissement, d'un ménage. En effet, l'accès à la microfinance n'est pas le seul déterminant à cette évolution. La conjoncture économique, les facteurs climatiques... sont des exemples de facteurs à prendre en considération. Mais comment tout faire converger?

Quelques études d'impact ont ainsi été menées pour traiter de cette difficulté méthodologique. En outre, en 2004, l'IMF Adéfi (Madagascar) a réalisée une étude[22] sur l'activité de crédits d'un montant moyen de 700 euros à des TPE[23] n'ayant pas accès aux banques. La méthode retenue consistait alors à comparer un échantillon de non-emprunteurs (échantillon témoin) à un échantillon d'emprunteurs, selon un procédé d'appariement, c'est-à-dire en essayant de prendre des paires d'entreprises de profils similaires. Les résultats sont néanmoins assez peu convaincants, même si la performance a été relevée comme étant légèrement meilleure pour les entreprises clientes de l'IMF.

Par ailleurs, d'un point de vue purement social, les objectifs de performance seront principalement liés au nombre de personnes pauvres et exclues qui bénéficieront d'un programme d'aide, ou encore, à l'amélioration de la qualité et de l'adaptation des services financiers. Pour cela, il existe des outils de mesure et des agences de notations spécialisées.

Un des outils d'évaluation des performances sociales le mieux développé est l'outil

SPI (Social Performance Indicators) développé par le réseau de praticiens CERISE[24]. Le questionnaire utilisé porte sur quatre thèmes principaux:

  • Le ciblage des pauvres et des exclus (quelle mission, dans quelles zones d'intervention, pour quels client, de quel montant, avec quel type de garantie...)
  • L'adaptation des produits et des services à la clientèle (étendue de la variété et degré d'adaptation, qualité des services, facilité d'accès aux services non financiers...)
  • L'amélioration du capital social et du capital politique des clients (transparence des opérations, représentation des clients au niveau de la gouvernance...)
  • La responsabilité sociale de l'IMF(rémunération et formation du personnel, insertion dans le contexte socio-économique et culturel...)

Une note sur chacune de ces quatre dimensions est alors attribuée et elle peut être utilisée pour l'IMF elle-même dans le cadre d'un contrôle interne, ou pour renseigner ses partenaires et ses financeurs éventuels. L'outil SPI a déjà été utilisé dans plus de 120 IMF dans le monde.

Conclusion

Sans aucun doute, la microfinance a sa place pour assurer le devenir des plus pauvres. Mais attention les insuffisances sont nombreuses et les modèles existants sont parfois détournés de leur mission sociale.

Tout d'abord, la microfinance est, avant toute chose, une extension de la sphère financière. Son objectif premier est donc de le faire oublier. En effet, le contexte de crise économique rappelle la méfiance que l'on doit avoir à l'encontre de la recherche du profit comme seul indicateur de performance. Or la microfinance doit inclure une dualité dans la poursuite de ses objectifs: d'une part elle doit pouvoir assurer la viabilité de ses organisations et d'autre part, elle doit assurer une mission sociale bien définie.

Le schéma idéal d'une société socialement engagée nous a été dressé par M. YUNUS au travers d'une longue description d'un nouveau capitalisme dans lequel les social business sont de véritables entreprises, qui assurent leur pérennité par la rentabilité mais qui recherche avant tout à maximiser leurs performances sociales. Mai, là encore, la rentabilité n'est pas synonyme de profits excessifs: ùFaites tout le profit que vous voulez sur les clients de la classe moyenne! Sentez-vous libre de prendre avantage de votre position financière, si vous le pouvez! Mais n'appliquez pas les mêmes méthodes aux pauvres, faites-le sans penser au profit, afin qu'ils puissent bénéficier d'une aide maximale pour sortir de la pauvreté. Quand ils en seront sortis, vous pourrez les traiter comme vos autres clients - mais pas avant.»[25].

En conséquence, les schémas de rentabilité des IMF doivent être contrôlés et analysés selon des indicateurs de performances sociaux et financiers bien déterminés. En effet, si seuls les bilans financiers comptent, alors nous avons affaire à une classique banque commerciale, et si seul l'objectif social est visé, alors on le schéma s'apparente à celui d'une organisation à but non lucratif qui ne se préoccupe guère de sa rentabilité et qui dépend des dons et des diverses subventions.

En résumé, la rentabilité pour promouvoir la viabilité de l'IMF à des investisseurs externes et permettre d'étendre au fur et à mesure les services de microfinance est une bonne chose. En revanche, la recherche de maximisation du profit en octroyant des microcrédits à des taux excessivement élevés ou en permettant le surendettement des ménages n'est pas acceptable. Néanmoins, la création depuis plusieurs années de fonds ISR (investissement socialement responsable) permet aux IMF de trouver des financements spécialisés, qui privilégient alors davantage des projets au service d'une cause sociale que la performance financière de leurs placements. Cependant ces fonds ISR ne se contente pas seulement de récupérer la mise, comme le suggère M. Yunus dans son schéma de social business, ils exigent quelques pourcentages de rendement... N'est-ce pas alors cela qui met la pression sur les IMF dans un contexte de forte concurrence? Certaines agences de notation des fonds ISR tentent de classer les classer en tenant compte des performances sociales réalisées, comme l'agence Novethic, mais est-ce bien pris en considération par le système capitaliste dans lequel les pays développés sont enfermés?

Cette logique de rentabilité financière au sein des IMF alimente un vrai débat sur la commercialisation de la microfinance. Un exemple très concret des dérives que l'on peut attendre d'une telle évolution est l'introduction en bourse de l'IMF Compartamos Banco. En effet, cette opération controversée a permis à des actionnaires d'engranger des plus-values importantes en prêtant à des emprunteurs pauvres, sans pour autant baisser les taux d'intérêt.

Enfin, le succès et la médiatisation du microcrédit a suscité un grand intérêt pour le concept introduit par la Grameen Bank. Selon son créateur, il est une solution pour ùun monde sans pauvreté». Il est également un produit financier plus socialement avantageux que le crédit à la consommation qui mène au surendettement et qui ne se préoccupe pas de l'absence d'un rée projet économique.

Cependant, dans des pays développés comme en Europe de l'Ouest, la lutte contre la pauvreté ne peut pas être seulement basée sur l'entreprenariat, particulièrement affecté par la crise économique actuelle. De plus, les distensions entre les institutions financières internationales, les ONG et les IMF montrent que les politiques appliquées mériteraient d'être mieux coordonnées pour réaliser l'objectif ambitieux de réduire la pauvreté. En Europe, la microfinance ne peut pas être le seul moyen de lutte, elle doit être agrémentée de plus de mesures spécifiques en traitant d'autres sujets importants comme le chômage, l'assistance aux sans-abris ou encore la réhabilitation sociale.

Enfin, si le microcrédit s'est montré efficace pour combattre la pauvreté, il reste tout de même difficile de croire que l'on peut définitivement l'éradiquer. Aucun outil de développement social n'est actuellement assez performant pour atteindre cet objectif, reconnu comme un problème mondial majeur. Néanmoins, la coordination des politiques, à laquelle s'ajoutent les bénéfices de la microfinance sur les populations les plus pauvres, pourraient être ensemble une façon de réduire significativement le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté à travers le monde dans les années à venir.

PARTIE 2: Méthodologie

I. Plan de bataille méthodologique

Tout d'abord, la suite de mes recherches va être axée sur l'analyse des données et des arguments analysés à partir des différents entretiens.

Premièrement, l'analyse empirique sera basée par rapport à des données chiffrées qui viendront confirmer ou infirmer les données théoriques déjà collectées. Je considère qu'elles se baseront essentiellement sur des comptes rendus d'IMF dans lesquels on pourra à la fois examiner les comptes et résultats financiers annuels ainsi que la mesure des performances sociales, avec leur évolution dans le temps.

Deuxièmement, je vais devoir contacter les premières personnes à interroger dans ce domaine en commençant par des contacts professionnels en France.

L'analyse sera donc essentiellement quantitative avec l'analyse des bases de données des entreprises, des rapports financiers, de communiqués officiels, de documents produits par des organismes et ministères publics. La suite de cette analyse sera qualitative car je considère qu'il serait intéressant d'interroger des responsables d'IMF et des auditeurs qui ont été missionnés dans le domaine de la microfinance.

Je vais donc tester chaque hypothèse à la fois avec des éléments chiffrés et avec des arguments supplémentaires qui ne sont pas accessibles par une étude uniquement basée sur des ouvrages.

II. Les hypothèses d'étude

Problématique: Doit-on avoir une exigence de rentabilité en microfinance ou se contente-t-on de récupérer la mise pour aider le développement de personnes et/ou de nouvelles activités? Cette exigence de rentabilité ne serait-elle pas alors la source de dérives financières allant à l'encontre de l'objectif social?

Les hypothèses d'étude sont les suivantes(une réponse par ùoui» validerait l'hypothèse alors qu'une réponse par ùnon» l'invaliderait) :

  • La rentabilité est-elle synonyme de viabilité?
  • Y a-t-il un équilibre à atteindre entre rentabilité commerciale et objectifs sociaux?
  • La rentabilité d'une IMF inclue-t-elle l'évaluation de la performance sociale?
  • La performance sociale est-elle un gage de rentabilité?
  • Les outils d'évaluation sociale sont-ils les même dans les pays développés et les pays en développement, pour déterminer la performance d'une IMF?
  • Y a-t-il un niveau de profits acceptable à ne pas dépasser en microfinance?
III. Le guide d'entretien

3.1. Méthode

Tout d'abord, il faudra prendre les rendez-vous avec chacune des personnes que je souhaiterai interroger.

Pendant l'entretien, il faudra poser les questions du guide d'entretien afin de garder le fil de la problématique. Pour cela, il faut à la fois des questions fermées (Quoi ? Qui ? Où ? Quand ? Comment ? Lequel ? Réponses en ùoui» ou ùnon»), des questions ouvertes (que pensez-vous?), des questions miroir (qui complètent une idée débutée par la personne interrogée) et des questions relais pour que le locuteur continue dans sa direction. Cependant, ces questions ne seront pas les mêmes en fonction de la personne que j'interrogerai étant donné qu'elles n'occupent pas les mêmes fonctions:

  • Gérants d'IMFd'une part dans un pays développé et d'autre part dans un pays en développement : les contacter directement grâce à la base de données des entreprises.
  • Auditeurs spécialisés pour les IMF: rendez-vous avec un auditeur interne ou externe d'une IMF, pour déterminer la valeur des risques liés à l'activité.
  • Un investisseur socialement engagé: contact téléphonique, pour savoir le retour sur investissement attendu (financier, social...).

3.2. Grille d'entretien des gérants d'IMF

Introduction de l'entretien:

ùBonjour je m'appelle Charlotte Nourrain, je suis étudiante à l'Ecole de Management

Léonard de Vinci.

Nous avions rendez-vous à [lieu] le [date] à [heure].

Je vous rappelle que nous devions discuter du thème de la moralité sur la rentabilité au sein des IMF.

Cette analyse sera ensuite incluse dans mon mémoire de recherche en Master 2.»

Questions de l'entretien:

Questions fermées

ùVotre institution est-elle rentable?»

Si oui, ùPensez-vous que cette rentabilité est nécessaire à son fonctionnement?»

ùPrenez-vous en compte les performances sociales dans l'évaluation de votre IMF?»

- Questions ouvertes:

ù A partir de quel moment pouvez-vous dire que l'entreprise est profitable?»

ùComment mesurez-vous les performances sociales?»

ùQuels sont les points de formation sur lesquels vous insistez le plus auprès de vos employés?»

- Ajout de questions miroirs et questions relais au cours de l'entretien

Conclusion de l'entretien:

ùAvez-vous des éléments que vous souhaiteriez ajouter à notre entretien?

Je vous remercie vivement de votre contribution à mon projet.»

3.3. Analyse et insertion des éléments dans la recherche empirique

Recherche de points communs entre les différentes analyses.

Tenir compte des différences qui ont été crées par le fait que les personnes interrogées ont des visions différentes du fait de leur poste.

Distinguer les éléments qui m'ont été donnés pour promouvoir l'entreprise ou l'organisme, des éléments qui contribueront à ajouter un argument intéressant à ajouter dans mon analyse.

BIBLIOGRAPHIE

- Articles scientifiques

  • HEC, La responsabilité sociale des institutions de microfinance dans le contexte de leur commercialisation: http://web.hec.ca/airepme/images/File/JS2009/A13C40_FINAL.pdf
  • CGAP, Measuring Access to Financial Services around the World
  • http://www.cgap.org/gm/document-1.9.38735/FA2009.pdf
  • NATIONS UNIES, Construire des secteurs financiers accessibles à tous (livre bleu), 2006
  • http://www.lamicrofinance.org/files/19802_file_BB_Fr.pdf
  • LELART M., De la finance informelle à la microfinance; l'Agence Universitaire de la Francophonie, 2006
  • GUéRIN, LAPENU et DOLIGEZ, La Microfinance est-elle socialement responsable ?; Revue Tiers Monde, n° 197, janvier-mars 2009
  • DE BANDT J. et NOWAK M., Le micro-crédit en Europe ; Revue d'Economie Industrielle, 2006
  • RAABE A. et LAGALAYE V., Microfinance market study in France ; 2008
  • LAPENU C., Performances sociales: Une raison d'être des institutions de microfinance et pourtant encore peu mesurées ; Mondes en développement, 2004
  • FORESTIER P., Les nouveaux enjeux de la microfinance; Techniques Financières et Développement, 2005
  • LAPENU C. et BEDECARRATS F., Impact et performances sociales; 2008
  • DOLIGEZ F. et LAPENU C, Les enjeux de la mesure des performances sociales; CERISE, 2006

- Ouvrages de référence

  • BOYE S., HAJDENBERG J. et POURSAT C., Le guide de la microfinance ; Editions d'Organisation, 2009
  • SERVET J.-M., Banquiers aux pieds nus : ù La microfinance » ; éd. Odile Jacob, 2006
  • NOWAK M. (entretien), Le microcrédit ou le pari de l'homme ; éd. Rue de l'échiquier, 2009
  • YUNUS M., Vers un nouveau capitalisme ; éd. JC Lattès, 2009
  • ARMENDARIZ B. et MORDUCH J., The economics of microfinance ; éd. Paperback, 2007
  • DOWLA A. et BARUA D., Les pauvres remboursent toujours le microcrédit à la Grameen Bank ; éd. Yves Michel, 2008

- Sites de référence

  • MixMarket : http://www.mixmarket.org/
  • Microfinance Summit : http://www.microcreditsummit.org/
  • Lamicrofinance.org : http://www.lamicrofinance.org/
  • Réseau Européen de Microfinance : http://www.european-microfinance.org/
  • Microfinance Center : http://www.mfc.org.pl/
  • Agence Française de Développement: http://www.afd.fr/

- Méthodologie de recherche

  • Fragnière J.-P., Comment réussir un mémoire, éd. Dunod, 2009
  • Roger P., Mathématiques pour l'économie et la gestion avec Excel, éd. Pearson Education, 2006
  • Singly F., L'enquête et ses méthodes: le questionnaire, éd. Armand Colin, 2008
  • Thietard R.-A., Méthodes de recherche en management, éd. Dunod, 2003

- Autres

  • Gestion des risques opérationnels
  • http://www.lamicrofinance.org/files/15272_Gestion_20de_20Risques_20Operationnels.pdf
  • Qu'est-ce que la microfinance? http://www.lamicrofinance.org/section/faq?PHPSESSID=a8d8eddc18b10b54b6e037f6ceae27f0#1
  • Les concepts clés de la microfinance; Agridoc, 2001
  • CGAP/World Bank, Audit externe des institutions de microfinance - Guide pratique ; 2000
  • CGAP, Les principes clés de la microfinance; 2004

Mots clés:

microfinance, microcrédit, performance sociale, développement, responsabilité sociale, institution de microfinance (IMF), économie solidaire, audit social, crédit solidaire, pauvreté

  • LELART M., De la finance informelle à la microfinance; l'Agence Universitaire de la Francophonie, 2006
  • L'idée du business social développée dans ce paragraphe est celle que Muhammed Yunus expose dans son livre Vers un nouveau capitalisme
  • Annexe 1: tableau comparatif ùCrédit solidaire vs Crédit individuel»
  • Annexe 2: les ùSeize Résolutions»
  • Annexe 3: résumé des principales innovations du programme Grameen II
  • Les différentes organisations liées à Grameen sont détaillées sur son site internet à l'adresse suivante : http://www.grameen-info.org/index.php?option=com_content&task=view&id=465&Itemid=547
  • McCORD et BUCZKOWSKI, CARD MBA, CGAP Working Group on Microinsurance; 2004
  • FERGUSON et HAIDER, Mainstreaming Microfinance Housing; Inter American Development Bank, 2000
  • LYMAN, PICKENS, PORTEOUS, Regulating transformational branchless banking: mobile phones and other technology to increase access to finance; CGAP, 2008
  • Microfinance, Integrated Services and Impact ; Réseaux Pratiques, 2004: www.entrepreneursdumonde.org/pratiques/
  • Méthodes de collecte auprès des mauvais payeurs: cf Annexe 4
  • BIM, Microfinance et nouvelles technologies: les nouveaux agents bancaires, 2007
  • BOYE, HJDENBERG, POURSAT, Le guide de la microfinance, Editions d'Organisation, 2009
  • Site internet: www.swwb.org
  • On peut notamment accéder aux états financiers des IMF depuis le site http://www.mixmarket.org
  • Ratio PAR 30 jours signifie le ratio calculé pour évaluer le poids des créances à risque de plus de 30 jours dans le montant total du portefeuille de prêts.
  • Selon l'Aide Mémoire sur la Gestion des risques opérationnels, publié sur le site www.lamicrofinance.org
  • Définition donnée au sein de la Social Performance Task Force
  • LITTLEFIELD, MURDOCH, Is microfinance an effective strategy to reach the Millenium Development Goals? ; CGAP Focus note n°24, 2003
  • Dossier thématique: CERISE, Impact et performances sociales, 2008 http://www.lamicrofinance.org/resource_centers/impactperf
  • Questionnaire visible à l'adresse suivante: http://www.cgap.org/docs/technicaltool_05_frencf.pdf
  • Site internet de l'IMF: www.adefi.org
  • TPE = Très Petites Entreprises
  • Descriptif, questionnaire et analyse des études sur le site www.cerise-microfinance.org
  • Citation du livre de Muhammed YUNUS, Vers un nouveau capitalisme